Dans les Années (Editions Gallimard), Annie Ernaux ne cache pas son projet : par le biais de quelques photos ordinaires comme on en trouve chez tout le monde et de souvenirs personnels et collectifs, elle veut donner à voir la vie d'une femme de 1940 (sa naissance) à aujourd'hui. Elle veut "sauver quelque chose du temps où l'on ne sera plus jamais" comme le dit la dernière phrase, très belle, de cette autobiographie étrange. Etrange parce qu'elle est à la fois très intime, c'est bien d'elle dont Annie Ernaux nous parle, et très générale, évoquant des souvenirs communs à toutes les générations nées après la guerre, des moments qu'on a vécus, des situations qu'on a connues. Etrange car l'auteur passe du registre personnel au registre collectif avec tant d'habileté qu'on ne s'en rend pas compte et qu'on ne peut s'empêcher de se reconnaître dans cette peinture sociologique qu'elle fait des Français des années 50-60-70-80-90-2000...
Dans les Giètes comme dans les Années, le personnage principal s'interroge sur sa vie et écrit pour ne pas oublier, pour revivre encore une fois, et les auteurs semblent interpeller leurs lecteurs : et vous, qu'avez-vous fait de vos vies ?
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