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Mardi 29 avril 2008

Quel point commun y a-t-il entre Les Giètes de Fabrice Vigne et les Années d'Annie Ernaux ?

On les a lus tous les deux et beaucoup aimés. Oui, mais non, ce n'est pas ça. Pas seulement. Alors ? Eh bien ce sont deux livres sur le temps qui passe, ce sont les inventaires de deux vies différentes mais qui arrivent dans la vieillesse, ce sont deux énumérations de la vie comme elle va.

Dans les Giètes (Edtions Thierry Magnier), Maximilien vit dans une maison de retraite. Il trie ses papiers et retrouve son journal qu’il décide de continuer. Il évoque son passé de communiste engagé et ses désillusions. Il parle aussi de ses lectures de Flaubert qui ont nourri sa vie et de Marlon son petit-fils photographe, avec lequel il entretient une relation affectueuse.  Madame Ostatki devient sa voisine. Peut-il nouer une amitié, lui ancien admirateur athée de l’URSS, avec une pieuse russe émigrée qui a fui les bolcheviques ? Rien n’échappe au regard de ce vieux monsieur simple, désabusé mais pas du  tout amer. Il se moque de lui-même et des autres avec tendresse et lucidité. C’est un vieux magnifique dans un livre magnifique !

 


Dans les Années (Editions Gallimard), Annie Ernaux ne cache pas son projet : par le biais de quelques photos ordinaires comme on en trouve chez tout le monde et de souvenirs personnels et collectifs, elle veut donner à voir la vie d'une femme de 1940 (sa naissance) à aujourd'hui. Elle veut "sauver quelque chose du temps où l'on ne sera plus jamais" comme le dit la dernière phrase, très belle, de cette autobiographie étrange. Etrange parce qu'elle est à la fois très intime, c'est bien d'elle dont Annie Ernaux nous parle, et très générale, évoquant des souvenirs communs à toutes les générations nées après la guerre, des moments qu'on a vécus, des situations qu'on a connues. Etrange car l'auteur passe du registre personnel au registre collectif avec tant d'habileté qu'on ne s'en rend pas compte et qu'on ne peut s'empêcher de se reconnaître dans cette peinture sociologique qu'elle fait des Français des années 50-60-70-80-90-2000...


Dans les Giètes comme dans les Années, le personnage principal s'interroge sur sa vie et écrit pour ne pas oublier, pour revivre encore une fois, et les auteurs semblent interpeller leurs lecteurs : et vous, qu'avez-vous fait de vos vies ?





 


publié dans : Idées de lecture
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Commentaires

Ah comme vous me faites plaisir ! Je suis en train de lire "les Années" et j'adore ça (j'en parle sur mon blong dans la rubrique : "Le lilvre qui déforme ma poche ces jours-ci"). Que vous lui compariez mes Giètes est à la fois sensé, et flatteur.
Merci
Amicalement
Fabrice
commentaire n° : 1 posté par : Fabrice Vigne (site web) le: 05/05/2008 13:05:09
Bonjour,
Merci de votre passage sur ce blog !
Le parallèle entre Les Giètes et Les Années peut paraitre bizarre au 1er abord et pourtant il m'a paru évident. Je suis contente que vous ne soyez pas fâché de ce rapprochement et que vous trouviez qu'il a un sens. Ouf ! On a frôlé la catastrophe : un auteur qui laisserait un commentaire incendiaire pour dire d'arrêter de raconter des âneries sur son livre par exemple! En tout cas, Les Giètes est un livre que j'ai bien l'intention de partager avec un maximum de lecteurs dans notre bibli. Et pour nous avoir offert ce très beau livre émouvant, je vous remercie. Bye...
réponse de : Nathalie (site web) le: 06/05/2008 17:07:17

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