Biotope c’est tout vert et très... noir.
Au début de l’histoire, le commissaire Toussaint est expédié en navette sur Biotope, une base scientifique
installée sur une planète couverte de forêts. Lui et ses deux collègues, Eunice et Langevin, doivent enquêter sur un meurtre commis dans la base. Toussaint déteste le vert, la campagne et ne pas
pouvoir fumer donc il lui faut régler l’affaire le plus vite possible pour revenir sur Terre vite fait, bien fait avant de périr d’ennui ou d’une indigestion de lichen. Mais l’enquête est un peu
compliquée à cause de l’ambiance étrange qui règne sur la base : les scientifiques, petite société en vase clos, s’opposent sur différents sujets et ne se montrent pas coopératifs avec les
trois flics. Ceux-ci découvrent que des disparitions sont survenues et que le taux de suicide est anormalement élevé. L’enquête stagne jusqu’au moment où un conflit éclate entre les membres de la
communauté savante de Biotope.
Entre science-fiction et polar, "Biotope" de Brüno
& Appollo (aux Editions Dargaud) met en scène un personnage singulier, petit bonhomme observateur, renfrogné et
désabusé, qui ne s’en laisse pas conter. On découvre dans cette BD un monde très particulier, un mélange de décors à la fois futuristes et tout droit venus des années 70. Le
dessin, qui semble très simple et amusant au premier abord, réussit à instiller une ambiance glauque. L’humour n’est pas absent bien au contraire mais soutient un discours un
tantinet désespéré. Bon finalement il faut les zigouiller les collègues pour sauver la planète qui de toute façon est en train… ? hop là on a failli raconter la fin !!
Si vous voulez découvrir quelques planches de cet ouvrage en 2 tomes vous pouvez aller faire un détour par le blog de Brüno,
l'illustrateur : http://bruno.thielleux.free.fr/blog/
Quel point commun y a-t-il entre Les Giètes de Fabrice Vigne et les Années d'Annie Ernaux
?
On les a lus tous les deux et beaucoup aimés. Oui, mais non, ce n'est pas ça. Pas seulement. Alors ? Eh bien ce sont deux livres sur le temps
qui passe, ce sont les inventaires de deux vies différentes mais qui arrivent dans la vieillesse, ce sont deux énumérations de la vie comme elle va.
Dans les Giètes (Edtions Thierry Magnier), Maximilien vit dans une maison de retraite. Il
trie ses papiers et retrouve son journal qu’il décide de continuer. Il évoque son passé de communiste engagé et ses désillusions. Il parle aussi de ses lectures de Flaubert qui ont nourri sa vie
et de Marlon son petit-fils photographe, avec lequel il entretient une relation affectueuse. Madame Ostatki devient sa voisine. Peut-il nouer une amitié, lui ancien
admirateur athée de l’URSS, avec une pieuse russe émigrée qui a fui les bolcheviques ? Rien n’échappe au regard de ce vieux monsieur simple, désabusé mais pas du tout amer. Il se moque de lui-même et des autres avec tendresse et lucidité. C’est
un vieux magnifique dans un livre magnifique !
Dans les Années (Editions Gallimard), Annie Ernaux ne cache pas son projet : par le biais de quelques photos ordinaires comme on en trouve chez
tout le monde et de souvenirs personnels et collectifs, elle veut donner à voir la vie d'une femme de 1940 (sa naissance) à aujourd'hui. Elle veut "sauver quelque chose du temps où l'on ne sera
plus jamais" comme le dit la dernière phrase, très belle, de cette autobiographie étrange. Etrange parce qu'elle est à la fois très intime, c'est bien d'elle dont Annie Ernaux nous parle, et très
générale, évoquant des souvenirs communs à toutes les générations nées après la guerre, des moments qu'on a vécus, des situations qu'on a connues. Etrange car l'auteur passe du registre personnel
au registre collectif avec tant d'habileté qu'on ne s'en rend pas compte et qu'on ne peut s'empêcher de se reconnaître dans cette peinture sociologique qu'elle fait des Français des années
50-60-70-80-90-2000...
Dans les Giètes comme dans les Années, le personnage principal s'interroge sur sa vie et écrit pour ne pas oublier, pour revivre encore une
fois, et les auteurs semblent interpeller leurs lecteurs : et vous, qu'avez-vous fait de vos vies ?
Allez comprendre pourquoi certains enfants (pas forcément des tout-petits) n'aiment rien tant que déplacer les petites banquettes vert anis de la bibliothèque. Malgré la présence tentatrice de
merveilleux livres conçus pour eux et choisis soigneusement par la bibliothécaire pour éveiller leur intérêt, ils préférent remuer, aligner, pousser les canapés miniatures ! On sent alors planer une certaine
frustration des adultes comme quand les petits s'intéressent davantage au carton d'emballage qu'au jouet lui-même sous le sapin...
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